Depuis 2009, le Webdocu, alors balbutiant, a pris une importance considérable qu’il s’agisse de productions médiatiques ou de contenus d’entreprise.
Aujourd’hui présent sur des sites d’importance tels que leMonde.fr ou Arte.tv, il est devenu un des supports web les plus intéressant tant en matière de conception qu’en matière d’usage. Retour sur un phénomène à surveiller de près avec en premier lieu un essai de définition en trois points clés.
Le Webdocu se situe dans une filiation directe avec le documentaire. Au sens propre du terme, il se construit sur la base de documents.
C’est à dire qu’il se base sur une collection d’éléments tirés du réel (témoignages, comptes-rendus, bilans, etc) pour mettre en place un récit.
Par analogie avec la littérature, on pourrait dire que le documentaire est à la fiction ce que l’essai est au roman.
Ainsi, livre-t-il une représentation de la réalité, une réalité qu’il vise à expliquer de manière didactique, anglée par un point de vue de journaliste.
Et, quoiqu’il puisse trouver des ressorts dans des réalisations ludiques telles que le jeu vidéo, il relève bel et bien du registre de l’information.
Comme le signale Olivier Crou, (http://bit.ly/tlDS9d), on attend d’un webdocumentaire qu’il produise du sens. “Comme pour le documentaire, le webdocumentaire possède un thème principal, des thèmes sous-jacents ou secondaires ; il est utilisé au service d’un (ou plusieurs) point(s) de vue documenté(s), ce point de vue étant l’affirmation d’un regard sur le monde ; il offre un (ou plusieurs) récit(s) avec une forme narrative qui lui est propre ; sa forme, son fond et ses fonctionnalités nous proposent une représentation du monde nous permettant d’appréhender la réalité ; il fait travailler l’imaginaire de son spectateur/internaute.”
Comme son nom l’indique, le Webdocu est un objet web. Cela peut sembler banal mais il faut bien avoir en tête que le Webdocu n’est pas un documentaire (au format TV) diffusé sur Internet. Son support participe en effet de sa forme et de son fonctionnement.
Tout d’abord, un webdocumentaire est un site Web (ou un minisite) avec un nom de domaine, une URL utilisant le protocole http, qui permet d’échanger des pages Web généralement au format HTML (très souvent avec des interfaces Flash) dont les ressources sont hébergées sur un ou plusieurs serveurs.
Conçu pour le Web, il y puise aussi ses ressources : il est formé d’une agrégation de contenus multimédias. Cette agrégation est présentée par une interface liée par le récit d’un auteur. Le webdocumentaire, le plus souvent, est une véritable création originale où les contenus (médias, textes, cartes, données diverses, etc.) sont conçus spécifiquement pour ce webdocumentaire.
Mais on peut tout aussi bien faire appel à des contenus préexistant sur Internet tirés de Dailymotion, de Youtube, d’un wiki ou de tout autre site d’informations existant (Google maps, par exemple).
En utilisant le Web comme canal de diffusion, le Webdocu est bien sûr disponible sur tout ordinateur connecté, mais il l’est également sur les supports mobiles tels que les smartphones et les tablettes. C’est un paramètre à prendre en compte dès la conception.
Dans le même ordre d’idée, le Webdocu est également capable de s’approprier les outils du Web 2.0 , c’est à dire qu’il peut intégrer du participatif/ collaboratif. Et cela ne se limite pas à des échanges de liens sur les réseaux sociaux.
Par exemple, Prison Valley, véritable cas d’école permet à l’internaute de visualiser à tout moment le nombre personnes présentes sur le site. De plus le spectateur peut discuter avec les autres visiteurs connectés, avec les auteurs, dialoguer avec les personnages du film et participer à des discussions thématiques sur les forums et, enfin, des tchats étaient programmés tous les jeudis soir avec des invités.
“Cross-média”, “transmédia”, “diffusion muticanal”, “mobilité”, “géolocalisation”, “réalité augmentée”, ou encore “collaboratif “sont autant de termes à garder en tête dès lors qu’il s’agit d’envisager le Webdocu aujourd’hui et demain tant la technologie Web est capable de se mettre à son service.
C’est également une relation logique avec le fait que le Webdocu est un objet conçu pour le Web. Grâce aux outils de ce dernier, il entre en communication directe avec le spectateur qui de fait se transforme en “spect-acteur”.
Le Webdocu permet à l’internaute d’agir et de choisir, d’emprunter un parcours informatif et narratif personnalisé. Actif, il opère des choix, se crée une expérience propre.
Cette interactivité force à revoir les modalités du récit. Linéaire dans le documentaire “classique”, il est délinéarisé dans le webdocu. Cette explosion du récit n’est pas une chose neuve, pensons à The Life and opinions of Tristram Shandy de Laurence Stern, mais elle est pour le moment peu conventionnelle dans l’audiovisuel.
Pour mieux comprendre la délinéarisation de la narration, revenons à l’article d’Olivier Crou où il en met trois types en évidence :
Arborescente (propre au jeu, les niveaux),
Indéterministe (on va toujours d’un point de départ à un point d’arrivée, mais les parcours innombrables sont laissés au choix de l’internaute),
Evolutionniste (un point de départ mais pas de point d’arrivée, le monde se crée au fur et à mesure du parcours de l’utilisateur).
Le “spect-acteur” est plus ou moins invité un fil conducteur et en général, le Webdocu propose également un mode de visualisation linéaire.
Pour l’émetteur du Webdocu, cette interactivité est un atout majeur en terme d’engagement d’abord, puisqu’il donne à l’internaute la possibilité de s’approprier le contenu. En terme cognitif également, car être actif de son accès à l’information permet une meilleure compréhension et mémorisation du contenu.
Au centre des préoccupations des grands groupes de productions comme Capa qui s’est en premier engouffré dans la brèche, le Webdocu est sans doute LE mode narratif qui permet aujourd’hui le plus de créativité dans le domaine de l’information.
Les outils se multiplient (par exemple 3WDOC studio) pour permettre aux journalistes, communicants ou pédagogues de produire des Webdocu sans compétences en programmation particulière.
Le travail des agences de contenu, aujourd’hui, dans ce domaine, est d’être capable de produire un contenu riche, multimédia, pertinent qui sait exploiter avec intelligence les ressources qui leur tendent la main.
Pour aller plus loin le site http://webdocu.fr offre à la fois veille et de la réflexion sur le sujet
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